Les abeilles de l’Abbaye

« Si l’abeille venait à disparaitre, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre »

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Les abeilles de l’Abbaye

Si de nombreux animaux sont d’authentiques bâtisseurs (castors, fourmis, oiseaux nicheurs…) rares sont ceux qui, alliant beauté et fonctionnalité, ingéniosité et solidité, habileté et durabilité, se révèlent de véritables architectes. Les abeilles ont ce talent. La contemplation de l’intérieur d’une ruche fascine par la perfection des structures, la géométrie des alvéoles offrant une occupation optimale de l’espace et une protection idéale du contenu. Certes, seul l’instinct les guide et on ne saurait les créditer d’une recherche esthétique ou de considérations éthiques. Il n’empêche que leurs réalisations semblent tout droit sorties d’un cerveau génial ou d’un ordinateur ultra performant. Les ruches ont ceci de commun avec les monuments historiques restaurés pour une destination culturelle que leur architecture est mise au service d’une oeuvre collective, d’une communauté d’engagement, d’une entreprise solidaire. Le miel qu’elles produisent, produit noble et riche, est semblable aux créations artistiques qu’abritent ou produisent les centres culturels. C’est cette parenté symbolique qui a conduit le Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster à proposer à la Fédération des Apiculteurs d’installer plusieurs ruches dans les jardins en terrasse longeant l’Alzette, à proximité immédiate de l’Abbaye. Les abeilles y trouveront un environnement idéal, préservé aussi bien des pesticides que de la pollution, de la monoculture sévissant trop souvent à la campagne que de la tourmente urbaine. La pollinisation qu’elles effectueront dans la vallée et le miel qu’elles offriront seront deux nouveaux éléments de la démarche d’un établissement qui a décidé résolument de « se mettre au vert ». 

S’il on sait aujourd’hui que la phrase attribuée à Einstein : « Si l’abeille venait à disparaitre, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre » est apocryphe, si l’on suppose que l’homme survivrait sans doute même à l’extinction des abeilles, comme il survivrait peut-être à l’interdiction de la poésie, on n’ose imaginer à quoi ressemblerait un monde qui ne permettrait plus de lire :

Je ne sais quoi de plus céleste que le ciel.

De lys en lys, de rêve en rêve, on fait son miel,

 Et l'âme de l'enfant travaille, humble et vermeille,

Dans les songes ainsi que dans les fleurs l'abeille. (Victor Hugo).

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voir le reportage Kee KommentART dans l'émission RTL-Kultur sur http://kultur.rtl.lu/tele/kultur/show/?v=44781 (à la 14e minute)